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Recherche : comment allier liberté et responsabilité ?

Jacques Bordé , le 18 Décembre 2011 dans Actualités

« Les scientifiques doivent-ils être responsables ? - Fondements, enjeux et évolution normative Â». Tel était l’intitulé d’un séminaire organisé le 9 décembre à l’Unesco. La question n’a pas fini d’occuper les esprits.


La Commission française pour l’Unesco (CNFU) doit répondre début 2012 à une lettre de l’Unesco sur la mise en œuvre de la Recommandation de 1974 sur la condition des chercheurs scientifiques. A cette fin, elle organisait le 9 décembre, à l’École normale supérieure à Paris, un séminaire sur le thème de la responsabilité des scientifiques.

 

Rappelons ici l’historique. En 1974, l’Unesco a écrit sa Recommandation aux Etats membres pour que « les scientifiques jouissent d’un statut social qui leur permette de contribuer efficacement au bonheur des peuples Â». Dans ce texte, élaboré en pleine guerre froide, il est notamment demandé aux Etats d’assurer aux scientifiques les moyens de travailler, de circuler, de publier, et de leur donner une grande liberté. En contrepartie, ce texte décrit les scientifiques en question comme « des personnes responsables qui vont bien entendu, à cause de leur haute valeur morale servir les finalités de l’Unesco : utiliser la science pour établir la paix dans le  monde et coopérer facilement entre eux afin d’endiguer la menace nucléaire et pour préparer un avenir prospère à l’humanité Â». L’Unesco recommande donc que les scientifiques soient formés à l’éthique pour qu’ils puissent juger de la bonne utilisation des résultats de leur recherche et assumer pleinement la responsabilité des impacts sociaux de leurs découvertes.

 

Aujourd’hui, l’Unesco demande aux Etats d’examiner leur système de recherche et d’analyser la conformité du statut de leurs chercheurs avec la condition préconisée pour ceux-ci en 1974 ; elle se demande si les principes éthiques sous-jacents dans le texte de 1974 sont encore pertinents en 2012. Parmi ces principes, la notion de responsabilité est centrale et c’est pourquoi la CNFU a mobilisé la communauté scientifique pour  y réfléchir le 9 décembre. En 1974, la liberté que l’on réclamait pour les chercheurs était la contrepartie de la responsabilité qu’on leur conférait pour mettre leur intelligence au service d’un avenir meilleur et pacifié. Aujourd’hui, si les Etats sollicitent l’intelligence des scientifiques et leur donnent des moyens matériels, c’est davantage dans le cadre de la guerre économique que dans le cadre des objectifs communs mondiaux (ceux du Millénaire pour le développement par exemple) ; la question se pose alors de savoir si les scientifiques peuvent exercer pleinement leur liberté et leur responsabilité quant au choix de leurs thèmes de recherche et à leurs finalités.

 

Par le choix des intervenants de la journée, la CNFU a permis des approches très diverses de la responsabilité des scientifiques ; la journée a alterné des réflexions générales philosophiques – sur la vérité, sur l’intégrité, sur l’objectivité, sur l’éthique – , des réflexions sur l’organisation de la recherche en modes disciplinaires, en mode collégial, des réflexions sur le rôle des comités d’éthique, sur le statut des lanceurs d’alerte, sur la diversité des postures d’un chercheur  lorsqu’il est alternativement enseignant, chercheur et expert. Quelques éclairages sectoriels sont venus compléter ces lignes générales, dans le cas des nanobiotechnologies par exemple, sur la biodiversité et leu rapport à l’environnement, ou encore quant aux pratiques de l’assistance médicale à la procréation.

 

Dorothée Benoit Browaeys, déléguée générale de VivAgora, a présenté les enjeux en matière d’expertise contradictoire et plurielle au service des débats politiques.

 

La journée a permis de cerner des lacunes dans le texte de 1974. Entre autres, Jean Audouze, Président de la CNFU, a noté dans sa conclusion que l’expertise en était absente alors que de nombreux intervenants ont souligné son importance en 2012 avec toutes les questions de liberté et de responsabilité qui lui sont attachées.

 

Programme et résumés des intervenants

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/enjeux-internationaux_830/onu_1032/commission-francaise-pour-unesco_3962/evenements_11382/seminaire-les-scientifiques-doivent-ils-etre-responsables-fondements-enjeux-evolution-normative-paris-09.12.11_96188.htm

 

Jacques Bordé est physicien, ancien membre du Comité d’éthique du CNRS



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