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Biologie de synthèse : une feuille de route britannique
Jean-Jacques Perrier , le 20 Juillet 2012 dans Actualités
Une récente feuille de route du Royaume-Uni en matière de biologie de synthèse fait la place à la participation citoyenne, mais dans une logique inféodée au développement de nouveaux produits.
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A la demande du ministère britannique des affaires, de l’innovation et des savoir-faire (Department for Business, Innovation and Skills, BIS), un groupe d’experts du Royaume-Uni présidé par Lionel Clarke, de la firme Shell, vient de publier ce qu’il estime être la feuille de route du pays en matière de biologie de synthèse, nouveau domaine des biotechnologies consistant à concevoir et fabriquer des systèmes biologiques ayant diverses applications.
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Gouvernance responsable
Le groupe affirme notamment la nécessité d’ouvrir la gouvernance de ce domaine à la participation du public et au dialogue des parties prenantes, bases d’une recherche et d’une innovation responsable (RIR) : « Il est crucial que cette technologie continue d’être développée d’une façon socialement responsable et que les parties prenantes pertinentes, les législateurs et le public soient engagés dès le début dans les processus de recherche et d’innovation. » Toutefois, les recommandations faites au BIS par le groupe d’experts ne conjuguent concrètement cette volonté que sous la forme de la contribution du public et d’ONG à un « conseil de coordination » (leadership council) agissant « comme point focal pour le développement du secteur de la biologie de synthèse au Royaume-Uni ».
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A ne pas esquisser concrètement les moyens d’une concertation ouverte et sans apriori, cette feuille de route semble plus relever d’un formalisme susceptible de favoriser l’acceptation des développements de la biologie de synthèse, en créant un « environnement favorable », que d’un préalable politique et d’une éthique de la recherche et de l’innovation. Il s’agit finalement de rester dans la logique de « l’engagement public amont » (upstream public engagement) développée au Royaume-Uni dans les années 2000, où le public et ses représentations sont influencés par l’innovation à partir de sujets prédéterminés, les dimensions politiques et de choix collectifs de l’innovation étant peu considérées en tant que telles.
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Un marché trop tentant
En effet, l’objectif affiché de la feuille de route est de faire des affaires. La priorité est aux enjeux économiques et à la place du Royaume-Uni dans le concert international – où il est déjà fort bien positionné –, étant donnée la perspective d’un marché mondial de la biologie synthétique qui atteindrait près de 11 milliards de dollars en 2016, contre 1,6 milliard en 2011. « Notre but est d’identifier et de stimuler les initiatives qui vont aider les entreprises à développer de nouveaux produits, procédés et services ayant un bénéfice net pour le public et qui vont produire une croissance économique et créer des emplois », souligne le document.
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Le groupe met pourtant bien en lumière les critères d’une RIR effective, dont « le but n’est pas simplement de prédire et gérer proactivement les effets négatifs [de la technologie], mais aussi de façonner des procédures de décision qui prennent en compte l’incertitude tout au long du cycle d’innovation ». Cependant, pour lui, le moteur de l’acceptation des nouvelles biotechnologies paraît se résumer à la prise de conscience par le public des bénéfices de la biologie de synthèse : « Bien que traiter des risques sanitaires, environnementaux et de sécurité soit important, cela ne conduira pas en soi à une large acceptabilité du public à moins que l’innovation en biologie de synthèse ne soit dirigée de façon claire vers de nouveaux produits, procédés et services apportant des bénéfices publics évidents, parmi lesquels l’emploi, une meilleure qualité de vie, de la croissance économique, et vers des solutions aux problèmes qui soient plus efficaces, sûres ou moins coûteuses que d’autres options alternatives ou existantes. »
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Définir les bénéfices
La difficulté est toutefois d’établir ce que sont des bénéfices publics évidents, sauf évidemment à les graver dans le marbre en amont de toute concertation. Qui en décide et comment ? Les nanotechnologies ont montré que le développement technologique ne se réduit pas, socialement parlant, à un rapport bénéfices-risques perçu comme positif ; les risques une fois pris en compte, les bénéfices apparents peuvent finalement se révéler dérisoires ou sources potentielles ou avérées de dommages non prévus, ou la perception qu’en ont les gens peut changer, et l’incertitude peut perdurer. Le document du groupe d’experts, en raison de recommandations déséquilibrées en faveur de l’objectif productif et commercial de la biologie de synthèse – objet, il est vrai, du ministère commanditaire –, mine de lui-même l’importance qu’il semble attribuer à la participation du public et à la recherche et à l’innovation responsables comme facteurs d’aide à la décision.
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Jean-Jacques Perrier, VivAgora
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A Synthetic Biology Roadmap for the UK, UK Synthetic Biology Roadmap Coordination Group, juillet 2012. |


