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Nanoargent : pourquoi attendre de réglementer ?
Jean-Jacques Perrier , le 04 Juillet 2012 dans Actualités
Selon des chercheurs danois, l'Union européenne devrait cesser de différer la mise en œuvre d’une réglementation sur le nanoargent, un composé chimique antibactérien présent dans de nombreux produits commerciaux.
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Deux spécialistes des nanotechnologies de l'Université technologique du Danemark, Steffen Hansen et Anders Baun, critiquent dans une tribune intitulée « Quand assez est assez » de Nature Nanotechnology du 1er juillet la position de la Commission européenne sur le nanoargent. Ce composé chimique est utilisé comme bactéricide dans maints produits textiles, médicaux (pansements, cathéters…), cosmétiques, déodorants, des appareils électroniques et électroménagers (et quantité d’applications émergentes, notamment médicales).
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Pléthore de données
Alors qu'une bonne vingtaine de revues (synthèses) et rapports scientifiques ont analysé les effets sanitaires et environnementaux de ce nanocomposé (voir par exemple ce rapport américain de 2011), la Commission a redemandé en décembre 2011 à son comité en charge des risques sanitaires émergents et nouvellement identifiés, le SCENIHR, de fournir, d’ici le début 2013, une nouvelle évaluation des risques qu’il soulève. Du temps perdu ! estiment les deux chercheurs, qui s'exclament : « Quand donc les gouvernements et les agences réglementaires vont-ils arrêter de demander de nouveaux rapports et synthèses et commencer à prendre les décisions réglementaires ? » Une question que les débats organisés par VivAgora sur ce thème ont plusieurs fois soulevée.
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Hansen et Faun s’amusent à décliner ce que le SCENIHR ne manquera pas d’affirmer – de répéter – sur la base des publications connues, dont « la plupart ont parcouru la même littérature, couvert le même champ et identifié beaucoup des mêmes manques de données et besoins de recherche ». Par exemple, que l’usage croissant du nanoargent pourrait mener à une résistance bactérienne et fongique à l’argent.
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Paralysie par l'analyse
« Nous estimons improbable que le comité scientifique aboutisse à de nouvelles avancées significatives, estiment les deux auteurs. On se demande alors pourquoi la Commission européenne a demandé une nouvelle synthèse sur ce sujet. » Puis de poursuivre : « Aucune action réglementaire n’a été prise jusqu’à maintenant pour limiter l’exposition humaine et environnementale au nanoargent ». Ils questionnent la stratégie « gagner du temps pour repousser les décisions difficiles qui iraient à l’encontre des intérêts de certains acteurs », dont la commande d’un nouveau rapport pourrait être l’illustration : « (…) Il semble que le comité soit utilisé par la Commission afin de paralyser le processus décisionnel jusqu’en 2013. En commandant revue après revue, les législateurs ont créé une situation malheureuse de ’’paralysie par l’analyse’’ puisque les revues tendent à identifier les recherches complémentaires nécessaires plutôt que les solutions d’une politique réglementaire optimale. »
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Une tâche réglementaire complexe mais réalisable... dès maintenant
La réglementation n’est-elle pas complexe à mettre en place face à l’incertitude scientifique et des intérêts en jeu ? « Nous reconnaissons que répondre à la question de comment réglementer l’utilisation du nanoargent n’est pas facile compte tenu des points de vue différents des diverses parties prenantes dans ce débat et du paysage réglementaire complexe associé aux nombreuses applications du nanoargent, précisent Hansen et Baun. Cependant, certaines des revues déjà publiées fournissent nombre de recommandations d’actions qui pourraient être prises. » Citant un article de 2008 de Samuel Luoma (John Muir Institute of the Environment at the University of California, Davis), les chercheurs recommandent d’ores et déjà le développement de règles claires définissant les ingrédients d’un produit en utilisant leurs propriétés physico-chimiques uniques pour tracer les données de production, d’utilisation et de dispersion ; l’évaluation de l’information nécessaire pour surveiller l’usage sûr du nanoargent ; et l’évaluation de la pertinence et des défauts des réglementations actuelles relatives à ce nanocomposé.
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Bref, « il est temps pour la Commission de décider les mesures réglementaires appropriées concernant le nanoargent. Ces mesures devraient être mises en œuvre sans réserve et leur efficacité mesurée », concluent Hansen et Baun.
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JJP


