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Biodiversité: une fondation et des interrogations
Jean-Jacques Perrier , le 08 Avril 2008 dans Actualités
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La nouvelle Fondation scientifique pour la Biodiversité, lancée fin février, sera financée en partie par le mécénat d’entreprises. Un choix durable ?
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«La biodiversité est l’une des plus grandes richesses de la planète, et pourtant la moins reconnue comme telle», écrivait le naturaliste américain Edward Wilson, dans The diversity of Life en 1992 (trad. La diversité de la vie, 1993), l’année du «Sommet de la Terre» de Rio de Janeiro, de la Convention internationale sur la diversité biologique et de la Convention des Nations unies sur le climat. Quinze ans après, il n’est plus guère de gouvernement qui n’ait reconnu cette richesse et n’affiche sa volonté de la préserver contre les destructions qu’elle subit. Beaucoup d’industriels ont également adopté cette attitude.
Le salut par le marché
En effet, à la suite d’économistes comme Alan Randall (Ohio State University) aux Etats-Unis, ou David Pearse (University College London) en Europe, s’est popularisée l’idée que la biodiversité a un prix, une valeur d’échange, puisqu’elle est la source de matières premières, de substances naturelles, de médicaments, de produits alimentaires, d’espaces de loisirs et touristiques (parcs, forêts,...), etc. D’autres économistes, notamment réunis au sein du think tank « Resources for the Future », ont défendu la notion de «PNB vert». La nature a certes une valeur utilitaire, mais elle rend aussi des services écologiques à l’humanité : par exemple le maintien des sols, la régulation du cycle de l’eau, ou bien la pollinisation des cultures. Ces services non commercialisables ont cependant une valeur économique. En 1997, dans un article retentissant de la revue Nature, l’équipe de Robert Costanza (Université du Maryland) estimait la valeur de l’ensemble des services écologiques à une moyenne de 33 000 milliards de dollars par an, soit un montant près de deux supérieur au produit brut mondial de l’époque.
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Cette double logique économiste – valeur d’usage et valeur écologique – comme moteur de la préservation de la biodiversité prévaut dans la plupart des pays depuis la Convention de Rio, pour laquelle les ressources génétiques des pays du Sud sont comprises comme des produits marchands, leur utilisation devant permettre un juste partage des bénéfices. On la retrouve par exemple en France dans le récent rapport des sénateurs Pierre Laffitte et Claude Saunier «La biodiversité : l’autre choc ? l’autre chance ?» réalisé au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST, décembre 2007) (1).
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Cependant, dans la logique de philosophes comme l’Américain Baird Callicott, qui ont souligné qu’il est moralement juste de protéger la nature pour sa valeur intrinsèque (la vie a une valeur en soi), l’efficacité de la valeur économique attribuée aux services écologiques a été remise en question. Ainsi Douglas McCauley (Université Stanford) juge qu’elle néglige la primauté de l’éthique et de l’esthétique dans la conservation de la nature, et qu’elle repose trop sur des mécanismes du marché par essence inconstants (2). Donner une valeur de service à une ressource du vivant n’empêcherait pas sa destruction et pourrait même la favoriser pour peu que cette valeur se mette à baisser. A trop considérer la nature comme une ressource avant tout économique, on l’a déjà fortement détériorée, et on en diminue ainsi... la valeur économique potentielle.
Le débat reste ouvert
Ce débat se retrouve posé par le lancement par le gouvernement de la Fondation scientifique pour la Biodiversité, le 26 février 2008. Cette fondation de coopération scientifique, qui «assurera à la fois une fonction de coordination de la recherche mais aussi une mission d’information du grand public sur l’enjeu majeur que représente pour nous la préservation de la biodiversité» (3), réunit les deux principaux organismes nationaux en charge de ce domaine, l’Institut français de la biodiversité et le Bureau des ressources génétiques, et par là la plupart des établissements et organismes publics de recherche qui participaient à ces deux groupements d’intérêt scientifique (GIS).
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Or un point clé de ce nouveau dispositif est son mode de financement. Alors que le Grenelle de l’environnemenent, via le groupe de travail «Préserver la biodiversité et les ressources naturelles» avait proposé un doublement des moyens de cette fondation par rapport à la situation antérieure, le compte n’y est pas. Le gouvernement affirme en effet que le mécénat des entreprises contribuera à soutenir la fondation et compensera donc la baisse des subsides publiques. Une équipe d’une dizaine de personnes «chargées d’expliquer aux entreprises l’intérêt qu’elles auraient à financer la biodiversité», serait mise en place (4).
Quel projet ?
Un tel pragmatisme paraît raisonnable dans l’esprit de la mobilisation de tous les acteurs voulue par la Stratégie nationale pour la biodiversité, adoptée en 2004, et en ces temps de disette des finances publiques. Est-il à la hauteur des enjeux de la recherche sur la biodiversité en France ? Espérons-le, mais ce n’est pas acquis. L’injection de financements privés dans l’organisme coordinateur des recherches sur la biodiversité ne risque-t-elle pas d’inciter à adapter la biodiversité aux impératifs économiques (emploi, compétitivité...) dès lors que ceux-ci se feraient trop pressants ; par exemple, la diversité des pollinisateurs, source d’un service écologique crucial, survivrait-elle à des impératifs agricoles exigeant un accroissement des rendements ? La biodiversité des cours d’eau resterait-elle intacte face à une nouvelle crise de la chimie industrielle qui l’inciterait à économiser sur les mesures de protection ? Celle des forêts de Guyane résisterait-elle aux pressions des sociétés minières ?
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D’un autre côté, si l’on adopte un point de vue optimiste, les contributions privées à la recherche pourraient permettre une plus grande implication et responsabilisation des industriels et une meilleure intégration de la conservation de la biodiversité dans les logiques de production. La future loi de transposition de la directive 2004/35/CE sur la responsabilité environnementale, qui actualisera le principe pollueur-payeur, pourrait jouer un rôle facilitateur en ce sens. On attend d’ailleurs avec impatience de connaître l’évolution du projet de loi en question, fortement critiqué après sa présentation en conseil des ministres, le 4 avril 2007. Intégré à la première loi «Grenelle» de l’environnement, il devrait poursuivre son chemin au cours de ce printemps, a promis le gouvernement.
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(1) http://www.senat.fr/noticerap/2007/r07-131-notice.html ; voir aussi VivAgora Biodiversité: l'autre chox, l'autre chance
(2) D.J. McCauley (2006) Selling out on Nature, Nature, vol. 443/7 http://micheli.stanford.edu/people/McCauley_Nature_2006.pdf
(3) Dossier de presse, Ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, 26 février 2008.
(4) C. Séghier, La biodiversité a-t-elle enfin trouvé son ange gardien ?, Actu-Environnement, 27 février 2008.
http://www.actu-environnement.com/ae/news/biodiversite_grenelle_borloo_pecresse_morizet_lpo_roc_reeves_4600.php4


