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Synthèse du vivant : quels moyens pour débattre ?
Dorothée Benoit-Browaeys , le 27 Février 2009 dans Engagements
En juillet 2008, VivAgora a signalé qu’elle prenait l’initiative d’organiser en 2009, une discussion publique sur la biologie synthétique, ses projets et ses enjeux. Un cycle de débats publics s’est donc mis en place avec le soutien de la Cité des sciences et de l’industrie et l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou. Il sera lancé le 3 mars prochain (1).
Cette dynamique s’est engagée à la suite de nombreuses prises de parole de chercheurs et d’organismes alertant sur le besoin de mettre en débat cette nouvelle spécialité de la biologie. Ainsi, en février 2008, David Bensimon, chercheur à l’Ecole Normale Supérieure (ENS, Paris) lançait une alerte dans un article paru dans Le Monde (1), Philippe Marlière (Isthmus, Pasteur) a insisté aussi sur la nécessité d’un débat lors de sa conférence du 5 juillet à l’Université de tous les savoirs (2). D’autres experts ont pointé cette même exigence : dans leur rapport sur les défis sociaux et éthiques de la biologie synthétique, Andrew Balmer et Paul Martin (de l’Institut pour la science et la société de l’Université de Nottingham) demandent que la société civile soit «respectée en l’associant à l’information et à la démonstration des avantages sociaux potentiels» (3). De son côté, le Conseil international sur la gouvernance des risques (basé en Suisse) a souligné «les risques et opportunités, générées par la biologie synthétique». Son rapport s’achève par une avalanche de questions pointant l’urgence du dialogue entre parties prenantes (4). De même, Philip Ball, chroniqueur de la revue Nature met aussi en garde : «s’il y a une science qui promet des atteintes ou des outrages à la population c’est bien la biologie synthétique» (5).
Ces appels ont été entendus dans le monde anglosaxon. Le Woodrow Wilson International Center for Scholars, bien connu pour son activité dans le champ des nanotechnologies développe un nouveau projet sur la biologie synthétique (6). De même Paul Rabinow, professeur d’anthropologie à Berkeley, vient d’ouvrir un site fascinant et questionnant, Ars Synthetica (7). Impliqué dans SynBERC, centre de recherche sur l’ingénierie et la biologie synthétique, ce dernier propose par son site d’«engager un dialogue démocratique, éthique et informé entre spécialistes et non-spécialistes». En France on peut visiter utilement le portail réalisé par Samuel Bottani, biologiste à Pasteur et à l’Institut interdisciplinaire de Paris VII (8).
Au plan européen, le Groupe européen d’éthique s’est saisi des questions sanitaires, éthiques et sociétales que posent ces technologies de transformation du vivant. Le Comité d’experts sur les risques émergents (SCENHIR) devrait aussi plancher sur les problèmes de maîtrise des organismes artificiels en construction (bioterreurs et bioerreurs).
Or qu’en est-il en France ? Les institutions impliquées dans la recherche en biologie synthétique sont rétives à contribuer financièrement à la discussion publique. Sollicités par VivAgora, la Fondation Schueller Bettencourt qui soutient un concours international de fabrication d’organismes (iGEM), ainsi que le département sciences de la vie du CEA, ont refusé de soutenir financièrement le cycle de débats 2009 qui s’ouvre ce 3 mars.
On voit mal comment peut s’instaurer un dialogue précoce sur les technologies du vivant, si les organismes de recherche n’assument pas leur responsabilité en contribuant au financement du dialogue avec la société civile sur leurs projets.
Il n’est pas trop tôt pour donner à la question de la fabrique du vivant toute sa dimension de «chose publique» et pour s’interroger sur les enjeux culturels et politiques d’une telle science.
(1) David Bensimon, La manipulation et l’étude de molécules uniques, Le Monde, 23 février 2008
(2) Ph. Marlière, Pourquoi et comment faire des formes de vie nouvelles ?, 7 juillet 2008, UTLS, Canal U.
(3) Andrew Balmer et Paul Martin, Synthetic Biology : Social and Ethical Challenges, Conseil de la recherche en biotechnologie et en sciences biologiques (BBSRC)
(4) Note conceptuelle IRGC 2008, Biologie synthétique : Risques et opportunités d’un domaine émergent. Voir aussi le séminaire sur la biologie synthétique s’est tenu à Berne, le 24 novembre 2008, à l’initiative de la Fondation GenSuisse, mise en place notamment par Klaus Ammann, promoteur du développement des biotechnologies.
(5) Philip Ball, Synthetic Biology : Starting from Scratch, Nature, vol. 431, pp. 624-626, 2004.
(6) SynbioProject
(7) Ars Synthetica


