Parmi les idées de Vaclav Havel mises en exergue dans les commentaires qui ont suivi sa mort, l'une est particulièrement frappante : les sociétés sont « démoralisées » – au double sens de perte de moral et de perte de normes morales – dès lors que le système politique se perpétue grâce la déresponsabilisation des citoyens qui sont ou se sentent exclus de la vie publique et ne trouvent de survie que dans le repli sur soi et la vie privée. Cette idée de déresponsabilisation a une force certaine, dessinant un risque pour le futur, y compris dans nos démocraties.
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Ce qui peut notamment nous éviter d’y succomber, ce sont les initiatives de collectifs, d’associations, de syndicats, etc. Vaclav Havel disait d’ailleurs : « Le rassemblement des citoyens dans des organisations, mouvements, associations, syndicats est une condition nécessaire au fonctionnement de toute société civilisée bien structurée. » De ce point de vue, les sociétés européennes sont indéniablement civilisées.
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Reste un vieux problème qu’elles cherchent plus ou moins à résoudre : utiliser dans leurs décisions politiques les expériences, les connaissances, les savoir-faire de ce tissu civil et de ce qu’il organise et produit, à l’exemple des débats organisés sur les enjeux énergétiques par exemple. Plus exactement, elles doivent parvenir à penser et organiser de façon pérenne des connexions efficientes entre ce tissu et le monde décisionnaire. Le Danemark a montré l’exemple en créant le Bureau danois de la technologie ; mais en le sacrifiant sur l'autel de la rigueur économique, il semble renier ce rôle pionnier. Quand ces connexions pérennes pourraient voir le jour, comme pour l’opération de réaménagement ou le projet Neptune de téléphonie 4G sur le plateau de Saclay, la concertation annoncée se révèle coquille vide. Mais quand rien n’est amorcé, il arrive que Cassandre se lève, à l’exemple d’Alex Türk face à l’invasion du tout numérique.
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L’implication permanente, et garantie par le politique, de la « société civile » dans les processus soutenant les décisions serait pourtant l’un des moyens susceptibles de rediriger l’innovation vers l’intérêt général et dans le respect de « normes morales », et ainsi d’éviter les dérives constatées par exemple dans le cas des OGM ou des brevets sur le vivant. Cet objectif d’une innovation responsable commence à donner des idées à ceux qui ont compris que le statu quo ne tient plus la route. Pour vous en convaincre, mettez dans vos valises L’économie expliquée aux humains de notre ami Emmanuel Delannoy.
Alors, Joyeuses fêtes et à l’année prochaine !